Le successeur avait compris l'autre message
Un dirigeant me demande d'accompagner son successeur. Il est prêt, me dit-il. Quatre ans qu'il est en poste, le successeur. Pas en poste dans l'entreprise, dans le rôle du dauphin.
Je demande au dirigeant comment ça se passe. Plutôt bien d'après lui. Il m'explique qu'il lui demande « comment ça avance » deux ou trois fois par semaine. Qu'il « donne son avis » sur les dossiers qui comptent. Qu'il « reste attentif » aux sujets sensibles. Qu'il « valide » les grandes orientations. Un accompagnement bienveillant, selon lui.
Le successeur avait compris le message depuis longtemps. Pas celui qu'on croyait envoyer, l'autre. Celui qui dit : t'es pas encore tout à fait prêt. Alors il attendait. Il ne tranchait pas seul. Il ne prenait pas de risque. Et c'est précisément sur ces sujets que le patron voulait me faire intervenir.
La transmission ne bloquait pas parce que le successeur n'était pas prêt. Elle bloquait parce qu'une question restait sans réponse, simple en apparence, vertigineuse en pratique : qui suis-je quand je ne suis plus au centre ? Tant que cette question dort, aucun outil de délégation ne sert à grand-chose.
Le problème du dirigeant n'était pas là où il regardait. C'est bien rarement le cas.